. Mémoire / Conclusion

 

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En lisant la conclusion ci dessous de Betty Lefevre, (étudiante en anthropologie de l’Université de Rouen) j’ai ressentis le besoin de lui rendre hommage et de lui donner la
parole.
Ses écrits me semblent d’une grande précision /cohérence avec cette thématique :
« Le corps ce sanctuaire privilégié d’une interrogation identitaire. »

Jonathan Perrot


Les écritures du corps

1- Le marquage corporel comme modélisation culturelle.
2- Les pratiques d’incision comme revendication.
3- Des incisions, scarifications…au corps comme objet d’art.



1- Le marquage corporel:


Dans toutes les sociétés, apparaît comme incontournable, une nécessité universelle. L’ornementation du corps est repérable de tous temps et dans tous les espaces sociaux. Dès que l’enfant paraît, son corps est décoré, habillé des signes d’une famille, d’un groupe, d’une culture.
« Il faut être peint pour être un homme disait Claude Levi-Strauss à propos
des Caduveo du Brésil, celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas
de la brute.»
Dans toutes les sociétés, apparaît comme incontournable, une nécessité universelle. L’ornementation du corps est repérable de tous temps et dans tous les espaces sociaux. Dès que l’enfant paraît, son corps est décoré, habillé des signes d’une famille, d’un groupe, d’une culture abrupte. »

En cela le marquage corporel est une façon d’instaurer l’ordre culturel en se distinguant de l’animal, en posant d’emblée les signes de son humanité.

C’est la peau qui sera la surface d’accueil des signes d’appartenances et l’on n’en finirait pas de commenter la phrase de Paul Valéry « la plus profond, c’est la peau »…simplement en disant, moins
bien, que la peau n’en finit pas de nous dévoiler, de trahir notre intimité la plus secrète. La lecture du livre de France Borel, « le vêtement incarné » (Calmann-Lévy, 1992) témoigne de la multiplicité de ces pratiques de l’Orient à l’Occident mais au-delà de cette dimension planétaire des désirs de métamorphoses du corps, elle montre combien toutes les zones corporelles sont investies, de la tête aux pieds, du crâne aux oreilles en passant par les dents et que les ajouts ou les soustractions ou le modelage seront autant de moyens pour structurer et transformer le corps en lien avec les exigences culturelles collectives (le corps en excès ou la scarification pour augmenter le corps). Enfin, le marquage du corps est lié à l’expression indélébile de la loi : on marque les exclus pour les stigmatiser (exemple des bagnards ou des déportés)



2- Les pratiques d’incision comme revendication dans les sociétés occidentales:

Henri Pierre Jeudy écrit : « La peau n’est pas un intermédiaire entre un dedans et un dehors mais elle est une surface d’auto-inscription, un texte à part entière. »
La différence à souligner entre une certaine tradition de marquage des corps et les pratiques d’aujourd’hui s’appuie sur les analyses de la modernité et les conceptions avancées sur l’acteur social: nous passons de manipulations souvent involontaires dans les sociétés décrites par France Borel, à des interventions volontaires, c'est-à-dire au désir d’un acteur social de faire un exercice d’incarnation symbolique, le symbole étant envisagé comme une « démultiplication des significations conduisant à une distanciation du réel » Paul Ricoeur. Autrement dit de la passivité (subir un mode de vie), on passe à la critique des conditions d’existence et de l’illusion d’un corps libéré, d’un corps bien-être véhiculé par les publicités et les médias. En renouant avec des traditions anciennes, les tatoués et les piercés disent, à leur façon leur mépris pour les corps bien lisses, bien silencieux comme une page blanche et bien hygiéniques proposés par nos sociétés marchandes. Bien sûr, le tatouage et les modifications corporelles n’ont pas la même signification pour tous les individus.
On a pu remarquer à l’issu des travaux menés sur ce thème, que ce sont principalement des filles qui sont concernées par ces pratiques. De fait nos sociétés exigent de plus en plus de se conformer à des modèles esthétiques, de séduction, une sorte de poupéebarbisation généralisée pour les filles et un lissémusclé pour les garçons.

Dès lors, écrit David Lebreton « se retourner contre la peau permet de lutter contre une identité insupportable » et j’ajouterai inatteignable. La peau (par le tatouage, le percing, les implants, le burning…) devient une image fabriquée où peuvent se lire nos rêves, nos signes d’identité et une certaine autonomie par rapport aux injonctions à se conformer en travaillant sur la frontière entre le dedans et le dehors.
S’inciser volontairement, c’est décider d’être acteur de son existence, c’est se protéger, c’est remanier la peau et lui donner du sens.
David Lebreton y voit une prise d’indépendance vis-à-vis de la famille : on transforme l’héritage corporel. « C’est aussi ajoute-t-il se faire mal pour avoir moins mal ». Ces éléments sont extraits de son livre: « La peau et la trace. Sur les blessures de soi. » Métaillé 2003. Se réaliserait ainsi une sorte d’exorcisme de ces souffrances par le sacrifice. Le rituel s’organise selon différentes étapes :
l’influence des autres, le lien avec le praticien, le choix d’un motif ou d’un bijou, le lieu de son implantation, le rapport à la douleur, aux regards des autres, au changement après la modification. Concernant le rapport à la douleur, dans les entretiens recueillis, beaucoup avouent leur appréhension de la douleur mais « c’est le prix à payer » pour avoir ce qu’ils veulent, c’est considéré comme un défi, une mise à l’épreuve de leur courage et de leur capacité d’aller au bout ; Comme l’écrit David Lebreton, « l’individu est dans une relation de maîtrise avec ce qu’il s’inflige et ce qu’il ressent, il sait pouvoir en sortir à tout instant et ce sentiment désamorce la virulence attachée à la souffrance. La douleur n’existe plus, paradoxalement qu’à titre de sensation ». Certain piercés décrivent un phénomène de montée d’adrénaline au moment de la perforation.
Outre le défi lancé à soi-même, percing et tatouage soulignent le plaisir d’un défi lancé aux yeux de tous.
De fait, entre le vu et le caché, le privé et le public, le regard des autres change en fonction de la visibilité du marquage. Chacun réagira à sa façon, selon ses valeurs personnelles et se montrera admiratif ou méprisant ou scandalisé ou indifférent. Dans les entretiens recueillis par une de nos étudiantes, Angeline Dusser, la majorité des tatouages est cachée alors que les percing sont beaucoup plus exhibés. Plus précisément, l’homme tatoué joue à cache cache : tantôt il montre, tantôt il cache. Le percing, pensé comme bijou, se donne à voir (nombril des jeunes filles).
Le percing perfore la peau et établit une proximité avec la sexualité.
En résumé, ces pratiques sont autant de façon de confirmer un processus d’autonomisation d’un jeune en marquant une étape dans un développement personnel (virginité/sexualité, jeune fille/femme, garçon/homme, enfant/adulte…). Le corps tatoué ou scarifié ou implanté par le caractère indélébile des marques relève de l’ordre symbolique : « L’exhibition du tatouage est un geste tenu pour sacré, c’est le mystère d’un code figuré par une représentation symbolique qui est offert au regard des autres. » La complexité de ces pratiques tient au fait qu’elles traduisent à la fois une expression collective et individuelle.



3- Le corps comme objet d’art:

David Lebreton dans un de ses articles témoigne des performances de Gina Pane comme : « exemplaire de l’usage délibéré de la blessure comme un cri, une interrogation extrême » sur nos comportements et nos imaginaires, nos représentations du corps, le corps féminin dont l’intégrité est considérée comme
intouchable dans nos sociétés. Elle se coupe le corps avec un rasoir, s’incise le visage…Gina Pane affiche sa douleur et la sacralise.
Ces performances contemporaines renouent avec des traditions anciennes et s’attachent aux possibles du corps (Spinoza). Ces exhibitions du corps sont des exaltation des pouvoirs du corps en brisant le miroir imposé du social car s’exhiber ce n’est plus se lire comme dans un miroir, c’est s’imposer au regard de l’autre. C’est aussi en se réappropriant son corps, rompre la frontière entre art et vie quotidienne. D’autre part, montrer sur le corps l’irruption du désir, c’est transgresser des interdits et des tabous, ce à quoi va s’employer le body art dans les années 60.
Exemple : Orlan, l’oreille de Van Gogh.

Le projet de ces artistes est de sauver la société moderne de son affaiblissement symbolique, se libérer encore plus des tabous, de l’ordre moral par le corps dernier refuge, dernier support privilégié. Pour Henri Pierre Jeudy , dans son livre « Le corps comme objet d’art » l’art corporel se présente « comme une pédagogie de la levée des inhibitions articulée autour de trois principes :

la dés-inhibition
La sur-visibilité (mise en scène qui démontre)
La sur- conceptualisation à postériori » p.125 (Armand Colin, 1998)

En conclusion, les pratiques de modifications corporelles sont révélatrices et d’une histoire personnelle et d’une histoire collective. Etre tatoué ou percé dit ce dans quoi je me reconnais et ce dans quoi les autres me reconnaissent. Les modifications corporelles marquent les temps forts de la construction identitaire et le corps est l’espace privilégié pour se dire, et s’affirmer comme un moi souverain.



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Un mémoire sur le thème des écritures du corps et sur les modifications corporelles
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